Message du Président de la République à la Conférence africaine des Ministres de l'Environnement sur les changements climatiques
Alger, 19 novembre 2008
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Je vous souhaite la bienvenue à Alger où je suis convaincu que vos travaux seront couronnés de succès.
De toutes les crises écologiques globales menaçant la planète, en cette première moitié du XXI siècle, le dérèglement du climat, par la croissance de l’effet de serre, représente le plus grand défi, car il est au cœur de l’activité humaine et remet en cause le modèle de développement économique qui a prévalu jusqu’à maintenant.
Pour la première fois, l’espèce humaine, en tant qu’espèce et non en tant qu’ensemble de nations juxtaposées, affronte ses responsabilités à l’égard de la planète, de sa propre survie et du devenir des générations futures.
L’Afrique est un continent vulnérable au changement climatique. Représentant 14 % de la population mondiale, l’Afrique n’a pas contribué historiquement au changement climatique et n’est responsable que de 3,5% des émissions mondiales. Avec ses ressources forestières (17 % du patrimoine mondial), elle constitue de fait un élément d’équilibre écologique. Elle n’en est pas moins le continent le plus affecté et le plus vulnérable au changement climatique.
Le rapport sur l’impact du changement climatique en Afrique émanant du Secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique est éloquent à ce sujet. La température moyenne a déjà augmenté de 0,7°C au cours du XX siècle et les prévisions du scénario moyen sont alarmantes.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Honorables invités,
L’Afrique a fait le choix du développement durable. Elle a adopté les deux principaux instruments légaux internationaux visant à stabiliser, voire réduire substantiellement les émissions des gaz à effet de serre : la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto qui comporte des dispositions légalement contraignantes pour les pays développés en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre.
Les intérêts à court terme, la conscience insuffisante de l’urgence d’agir, laissent prévaloir les égoïsmes des groupes de pays au détriment d’une véritable solidarité à l’échelle mondiale, au bénéfice de la planète et des générations futures.
La mise en œuvre des dispositions positives, difficilement arrachées au bout de près de deux décennies de négociations, tant de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques que du Protocole de Kyoto a engendré des résultats qui se situent très en deçà de ce qui en a été espéré.
Les réductions d’émission de gaz à effet de serre par les pays développés, bien que variant selon la sensibilité à la question climatique des différents pays concernés, sont très loin d’atteindre en moyenne les objectifs modestes qui avaient été assignés.
Les financements pour assister les pays du tiers-monde et notamment l’Afrique pour entreprendre des plans d’adaptation et/ou d’atténuation sont peu satisfaisants, tant pour le niveau de leur mobilisation que pour les modalités d’accès.
Les questions relatives aux transferts de technologie n’ont toujours pas trouvé de réponses adéquates.
Enfin, il faut bien le dire, nos pays d’Afrique ont insuffisamment renforcé leurs dispositifs institutionnels pour développer leurs capacités de négociation et d’élaboration de projets en nombre suffisant —tant au niveau national que sub-régional et régional— avec la qualité nécessaire pour mettre la communauté des bailleurs de fonds devant ses responsabilités.
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
L’Afrique est prête à réagir. En témoigne la décision sur le changement climatique et le développement souscrite par les Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine, réunis lors de la 8ème session ordinaire de leur Assemblée à Addis Abeba, les 29 et 30 janvier 2007. Préfigurant le Plan d’action de Bali, et se référant aux engagements stipulés dans la Convention Cadre et le Protocole de Kyoto, soulignant les effets dangereux du changement climatique sur le bien-être des pays, les écosystèmes et le progrès socioéconomique, la décision d’Addis Abeba constitue un appel pressant aux pays développés pour respecter et renforcer leurs engagements en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre, stimuler le marché du carbone, soutenir en Afrique des programmes d’adaptation et coopérer, plus largement, en matière de recherche-développement et de transfert de technologie.
L’Algérie s’enorgueillit d’avoir accueilli du 16 au 18 octobre 2008 la réunion des points focaux et négociateurs africains des changements climatiques et d’accueillir, aujourd’hui, la réunion ministérielle africaine pour affiner la position africaine sur tous les sujets remis à l’ordre du jour, dans le Plan d’action de Bali.
L’Afrique a progressé dans l’élaboration de ses propositions et se trouve à même de formuler dans les meilleurs délais une position commune.
Je tiens à féliciter le Groupe africain d’experts de haut niveau pour tous les efforts déployés au cours d’un long processus de négociations qui, amorcé à Abuja en octobre 2007, s’est poursuivi à Bonn en juin 2008, à Accra en août 2008 et, enfin, à Alger, en octobre 2008, ainsi que pour la pertinence des documents préparatoires qu’il a produits.
Je tiens à féliciter, également, la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement pour la qualité de la feuille de route qu’elle a produite et des repères qui y sont inscrits, lors de sa session de juin 2008 à Johannesburg, qui a permis d’insuffler une dynamique nouvelle à la préparation de la position commune de l’Afrique qui sera défendue lors de la 15ème session de la Conférence des parties à Copenhague.
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
L’aggravation des menaces globales sur l’environnement et, en premier lieu le dérèglement du climat, devrait inciter à l’amélioration de la gouvernance internationale en la matière.
L’amélioration de la prise de décision nécessitera l’amélioration de la coordination et l’approfondissement du dialogue aux fins de mieux gérer les biens environnementaux communs, aux niveaux régional et international.
Les espaces régionaux conviennent particulièrement à la négociation de mesures favorables au développement durable et à la lutte contre les changements climatiques. L’Union Européenne, espace économique et monétaire patiemment construit, en est un parfait exemple. Des réglementations environnementales y sont âprement discutées, convenues puis appliquées. L’Afrique, plus modestement mais résolument, s’organise progressivement. En adoptant le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique, le NEPAD, les Chefs d’État Africains ont marqué leur volonté d’inclure les différentes dimensions qui y concourent, notamment la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement.
La lutte commune pour sauver notre futur commun, n’est pas seulement une question de solidarité financière. C’est aussi une question de fraternité entre les peuples et les cultures. C’est cette vision renouvelée que l’Afrique tentera de faire partager à Copenhague.
Je vous remercie.